L'association Ijakadi


LF, Pistoleiro do Bom

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En 1990, c'est à Paris, à l'occasion d'un festival d'arts martiaux que j'ai pour la première fois rencontré la capoeira ; ce fut une vision éphémère mais qui me laissa baigné d'un sentiment étrange : cette chose m'était inconnue et pourtant je la ressentais comme familière et elle semblait évoquer en moi des souvenirs confus de la petite enfance.

En résumé, je dirais que cette rencontre fut comme une réminiscence et je fus d'emblée convaincu que la capoeira était faite pour moi et moi pour elle ; cependant, je continuais à vagabonder. Ce n'est qu'en 1995, que guidé par Valentino un ami roumain je croisais à nouveau son chemin à Viterbo, en Italie, où enseignait à cette époque Mestre Canela, mais les vicissitudes de ma destinée ne me permirent pas de suivre l'enseignement du maître. Deux années plus tard, c'est à Bucarest que Miguel, un ami indien du Mexique évoqua cette lutte issue du sang des Africains déportés comme esclaves, et nourrie au sein du continent américain.

Peu après, de retour en France j'étais plus que jamais persuadé que je devais pratiquer la capoeira, et elle semblait d'ailleurs se rappeler avec constance à mon bon souvenir. C'est ainsi que je me rendis en visite à une adresse que m'avait indiquée Concha, une amie brésilienne, mais le groupe avait disparu. L'adresse suivante, celle des " Macacos " menés par Paolo Boa-vida, fut le terrain de mes tout premiers pas de nouveau-né dans la ronde, assuré dans mon geste hésitant par la main de Zambla, un camarade bienveillant.

C'est alors avec enthousiasme que je m'engageais dans la pratique, découvrant avec émerveillement ce monde qui s'offrait à ma connaissance, ouvrant pour moi une période de joie et d'énergies nouvelles.

Quelques mois seulement après le début de mon initiation, le professeur s'en retourna vers son Brésil natal, et ce furent ses plus anciens élèves qui assurèrent l'intérim des cours. À l'occasion d'une roda apparut Guará, jeune capoeiriste carioca, professeur de l'association Marrom Capoeira e Alunos.

En voyant jouer Guará avec tous les élèves qui ont voulu le " défier " ce jour-là, j'ai été séduit par son style, et par la forte personnalité que l'on devinait dans ce jeu très expressif ; j'ai immédiatement pensé : c'est ainsi que je veux apprendre à jouer.

Quelques jours plus tard, je débutais les entraînements avec mon nouveau professeur, m'initiant en fait à la Capoeira Angola, style plus traditionnel que celui de la " Regional " à laquelle je m'étais essayé avec les Macaques. En découvrant qu'existaient plusieurs voies dans la même Capoeira, je fus bienheureux que ma bonne fortune m'eut emmené sur le chemin de l'Angola, la digne héritière de la lutte des anciens esclaves ; de plus, je rencontrais moins de difficultés à m'intégrer à un groupe tout juste naissant : l'Ecole de Capoeira Angola de Paris.

En février de l'an 2000, je foulais pour la première fois le sol du nouveau monde à Rio de Janeiro, en compagnie de Guará, Carmen, et d'un petit groupe d'élèves de l'ECAP. A l'occasion de ce court séjour d'un mois, je m'entraînais assidûment à l'Académie de maître Marrom, et découvris in situ l'ambiance authentique des " rodas " de capoeira en compagnie des maîtres Angolinha, Camaleão et Formiga. Ce premier voyage en terre natale de la capoeira me permit de me plonger plus profondément encore dans le monde passionnant de cette " danse de la guerre ", ainsi que dans l'univers insondable des cultures afro-américaines.

Les années passèrent et je restais fidèle à l'enseignement de mon professeur et maître. Alternant les périodes d'euphorie avec celles de doute, voire même de découragement, je n'abandonnais cependant pas l'étude de cet art métis qui en seulement quelques années avait réussi à prendre une place de plus en plus importante dans ma vie, allant même jusqu'à ouvrir mon corps et mon esprit au point d'ébranler nombre de mes conceptions, et ma façon d'être. A force de persévérance je finis par devenir un des anciens de l'ECAP, comme me le fit justement remarquer Guará, et je commençais à ressentir l'envie de partager avec d'autres la modeste expérience que j'avais laborieusement acquise; en fait, j'avais déjà eu l'opportunité de donner de façon ponctuelle des cours d'initiation lors de mes nombreux séjours sur la belle île de Cuba ou j'effectuais auprès de mon ami Heriberto des recherches personnelles sur la Santeria, religion syncrétique locale, ainsi que sur le Mani, une modalité de combat développée par les esclaves cubains, très proche de la Capoeira, mais aujourd'hui disparue.

Au printemps de l'année 2003, Frantz, un ami photographe, natif, comme je le suis moi-même, de notre belle cité de Montmorency, m'expliqua qu'il venait de découvrir la Capoeira avec un groupe local pratiquant un style très contemporain - à mon avis plus proche de la gymnastique acrobatique que des fondements de notre art séculaire- il avait fait des recherches sur le sujet et se sentait naturellement beaucoup plus enclin à suivre le chemin de " l'Angola ", aussi me proposa-t-il son aide pour ouvrir un cours, m'assurant qu'il serait mon premier et plus fidèle élève.

Après avoir demandé son avis à Guará, je décidais de me lancer dans l'aventure, pensant que ce serait sans doute un enrichissement pour moi que d'aborder la capoeira sous un autre angle, mais aussi motivé par la volonté de défendre la vision transmise par mon maître. L'association Ijakadi - lutte traditionnelle, en langue yoruba - fut rapidement créée et commença à donner des cours d'initiation à un public adulte dès le mois de septembre 2003 ; cette première saison d'enseignement fut à la fois joyeuse et douloureuse, j'eus le plaisir de donner beaucoup d'énergie en tentant de transmettre le feu de la passion à la douzaine d'élèves qui nous avaient rejoints, mais également je me blessais par manque de temps consacré à mon entraînement personnel.

Le bilan était cependant positif car les objectifs que je m'étais fixé étaient atteints, j'avais réussi à " accrocher " quatre de mes débutants qui m'accompagneraient donc plus loin sur le chemin entamé ensemble. Afin de faire un pas de plus la seconde année, je décidais de m'investir dans un cours destiné aux enfants, épaulé par Virginie une de mes adultes, institutrice. L'expérience fut à mon avis très gratifiante.

Aujourd'hui à l'approche d'un nouveau carrefour, conscient des nombreuses lacunes à combler pour progresser dans ma formation de capoeira, mais également développer une pédagogie, j'envisage d'élargir le champ des activités de l'association, dans le but de participer plus activement à la préservation ainsi qu'à la divulgation de la Capoeira Angola…

Axé !

LF, Pistoleiro do Bom


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