L'histoire de la Capoeira

La capoeira fut inventée par les esclaves noirs déportés d'Afrique par les colonisateurs portugais du XVIe au XVIII siècle. On décompte au Brésil 3,5 millions de noirs exploités, cinq cents ans de lutte, de résistance noire, marquant le peuple brésilien et faisant partie intégrante de leur culture.

Savamment mélangés entre eux, les esclaves se sont trouvés face à des dialectes différents. Ainsi fut dressée la barrière du langage, ce qui les amenèrent à communiquer à travers des gestes, la musique et la danse.

Pour échapper à l'oppression et la domination des colonisateurs, les esclaves qui étaient surexploités ont donc été poussés à créer une forme de lutte utilisant leur corps comme seule arme de combat.

Les esclaves n'étant pas autorisés à se réunir par peur des rébellions, ont camouflé leur forme de combat par la musique et la danse, qui passait inaperçue aux yeux de leurs oppresseurs. La capoeira fut ainsi un moyen de s'émanciper des chaînes de l'esclavagisme.

Il lui aura fallu plus de quarante années après l'abolition de l'esclavage (1888) pour être reconnue et autorisée par l'Etat. Elle est maintenant pratiquée par toutes les classes sociales et enseignée dans les écoles et universités pour son aspect sportif, artistique, créatif, pour la danse, la poésie, le courage, le dialogue, la communication et, d'autres éléments contribuant au développement de la connaissance et l'estime de soi et comme identification culturelle dans un pays pluriethnique, brassant les trois races : indienne, africaine et européenne.

Capoeira angola et Luta regional bahiana (capoeira régionale)

Vers 1930, à Salvador, Maître Bimba (Manuel dos Reis Machado, 1900-1974) ouvre la première académie de capoeira (1932), exploit rendu possible par l'administration nationaliste de Getulio Vargas, qui voulait promouvoir la capoeira comme sport brésilien. En 1941, Maître Pastinha (Vicente Ferreira Pastinha, 1889-1981) inaugure son école de capoeira angola. Pour la première fois depuis 400 ans, la capoeira est enseignée et pratiquée en dehors de la marginalité.

Ces deux " mestres " sont les figures centrales de la capoeira du XXe siècle. Ils sont si importants dans l'histoire de la capoeira qu'ils sont (eux et la légende qui les entoure) les ancêtres mythiques de tous les joueurs de capoeira.

Bimba a commencé à enseigner ce qu'il appelait " le combat régional de Bahia " : une nouvelle méthode de pratique de la capoeira dans laquelle il a introduit des mouvements de " batuque " (samba de lutte) et a inventé une nouvelle méthode d'enseignement. Il a pour l'essentiel, sacrifié beaucoup du rituel et des aspects du jeu, pour une plus grande agressivité et pour l'esprit de combat. Il a créé un nouveau style, la " capoeira régionale ".

Avec l'avènement du style régional, la capoeira traditionnelle a pris le nom de capoeira angola. Mestre Pastinha, soutenu par la majeure partie des maîtres angoleiros, joua un rôle pionnier dans la préservation du style traditionnel : rituel-danse-combat-jeu. Il est aujourd'hui reconnu comme le gardien de la capoeira angola.

En savoir plus : Dos Passos Neto, Sezefredo (Mestre Nestor Capoeira), Capoeira : le petit manuel du joueur, (traduit par Gilles Cheze et Celène de Oliveira Vaz), ed. Atabac, 1987, 163.